Indéniablement, la période que nous traversons voit s’accélérer la destruction des conditions d’habitabilité de la planète pour les humains (dont nos enfants et nous-mêmes) et de multiples autres espèces. Nos manières de vivre montrent leurs limites ; elles ne sont absolument pas tenables dans la durée. Le monde globalisé subit un hyper-stress environnemental et social qui rend plus qu’incertaine la possibilité de vivre une existence digne pour des milliards d’individus.
Alors, comment on fait ?
Mon invité, Michel Lussault, est géographe. Il redéfinit sa discipline comme une science de « l’habité », postulant que vivre consiste fondamentalement à cohabiter de la naissance à la mort. Cette cohabitation ne se limite pas à notre lieu de résidence, mais s’étend à tous les espaces et temps du quotidien que nous partageons avec d’autres humains ainsi que des non-humains.
Pour rompre avec ce cercle vicieux de fragilisation de la vie, Michel Lussault nous exhorte à cohabiter différemment en adoptant le géo-care. Cette approche radicale substitue les valeurs de puissance et de compétition par des vertus cohabitantes issues de la philosophie du soin.
« Contrairement à ce qu’une certaine idéologie du capitalisme et du libéralisme veut nous faire croire, l’individu n’est pas autonome. Il n’habite jamais tout seul. Il cohabite toujours avec d’autres. Vous savez, déjà Kant parlait de l’insociable sociabilité des êtres humains. Cette cohabitation avec les autres est parfois heureuse, parfois difficile, parfois joyeuse, parfois triste. Mais néanmoins, nous avons toujours à cohabiter avec d’autres. Et une bonne partie de notre action au jour le jour, c’est d’organiser cette cohabitation avec autrui. »
Michel Lussault
Une figure majeure de la géographie urbaine contemporaine
Michel Lussault est un géographe français et professeur d’études urbaines à l’École normale supérieure de Lyon. Figure majeure de la géographie urbaine contemporaine, il analyse la mondialisation, les représentations de l’espace et de nouvelles formes d’habitat humain à l’ère de l’anthropocène.
Ses travaux théoriques importants incluent L’Homme spatial (2007), L’Avènement du Monde (2013) et Hyper-lieux. Nouvelles géographies de la mondialisation (2017).
Il a également co-dirigé avec Jacques Lévy le Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés.
Il a dirigé plusieurs grandes institutions françaises :
- Président du Conseil supérieur des programmes de 2014 à 2017, où il a supervisé la refonte des programmes scolaires.
- Président de l’Université de Tours de 2003 à 2008.
- Directeur de l’École urbaine de Lyon (devenue Cité Anthropocène) depuis sa création en 2017, un institut de convergence dédié à la recherche sur l’urbanisation mondiale.
Parmi les questions soulevées lors de cet entretien :
- Cohabitons ! À quoi nous invitez-vous avec ce titre et cet ouvrage ?
- Racontez-nous brièvement l’histoire de « habité » et comment l’analysez-vous ?
- Comment cohabitons-nous aujourd’hui et quels en sont les effets ?
- Que devrions-nous faire évoluer ?
- Qu’appelez-vous géo-care ?
Et quelles en sont les vertus ? - Comment soutenir notre évolution collective vers cette cohabitation élargie ?
- En quoi le fait de repenser notre rapport à l’alimentation, par exemple, peut-il radicalement modifier notre manière d’habiter la Terre ?
- Et maintenant, que faisons-nous de tout cela ?
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Pour en savoir plus sur le livre de Michel, c’est ici.
A bientôt…
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